Now Reading
Aïcha, les moqueries et le nanoracisme

Aïcha, les moqueries et le nanoracisme

IM

Dans des sociétés racistes, les actes racistes ne sont ni accidentels ni sans conséquences. Dans le cas de Aicha, 13 ans, à qui des pompiers ont refusé l’assistance et estimé qu’elle exagérait ses douleurs, cela a conduit à son décès.

C’est cette même liberté de se moquer, cette liberté sans responsabilité, cette liberté sans conséquence qui a amené à la mort, il y a quelques années, en 2017, de Naomi Musenga.

C’est cette liberté qui continue de nous assassiner, plus ou moins directement. Cette liberté, c’est aussi une forme de racisme, et plus précisément, c’est ce qu’Achille Mbembe a défini par nanoracisme. Dans son livre « Politiques de l’inimitié », il décrivait cela en ces termes :
« Le nanoracisme est le racisme fait culture et respiration, dans sa banalité et sa capacité à s’infiltrer dans les pores et les veines de la société, à l’heure du décervelage généralisé, de la décérébration machinique et de l’envoûtement de masse. […] On fait semblant de croire qu’il s’agit d’actes inoffensifs qui n’ont pas la signification qui leur est prêtée. L’on s’offusque qu’une police d’un autre ordre nous prive du droit de rire, du droit à un humour qui n’est jamais dirigé contre soi-même (autodérision) ou contre les puissants (la satire en particulier) mais toujours contre plus faible que soi – le droit de rire aux dépens de celui que l’on cherche à stigmatiser. Le nanoracisme hilare et échevelé, tout à fait idiot, qui prend plaisir à se vautrer dans l’ignorance et revendique le droit à la bêtise et à la violence qu’elle fonde – tel est donc l’esprit du temps. »

C’est clairement l’esprit du temps et cette histoire de « syndrôme méditerranéen », c’est comme essayer de nous amener à penser que ces pompiers ne sont pas vraiment responsables de leurs actes. Et c’est aussi c’est clairement dans l’esprit du temps.

© 2025 ILLMATIK | Tous droits réservés.