« Fanon », réalisé par Jean-Claude Barny et sorti, en avril 2025, est un film consacré au psychiatre, auteur et militant anticolonial français (puis algérien), Frantz Fanon, mort à 36 ans en 1961.
« Fanon » est un beau film, du point de vue cinématographique et du point de vue idéologique. Fanon n’est pas pour autant un film biographique comme le film Malcolm X, par exemple (Mais il y a du Malcolm X dans ce film). Fanon est un film qui est ancré dans la vie de Frantz Fanon en Algérie de 1953 à 1957. En cela, Fanon, est avant tout une histoire française, parce que le film a pour fond le colonialisme français et la guerre d’Algérie. Le Fanon, panafricaniste d’après 1957, le Fanon, ambassadeur de l’Algérie au Ghana, leFanon qui dénonce l’assassinat de Lumumba, n’est pas l’objet de ce film.
Violences, racisme et santé mentale
L’essentiel du film donc porte sur le parcours et la vie du psychiatre Fanon à Blida où il est nommé chef de service à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville en 1953. A travers ces 4 ans de vie, le film permet de donner un aperçu du personnage, et c’est cela pour moi, le point fort et la pertinence de ce film. Nous y découvrons un homme fort mentalement, brillant, animé d’une grande humanité et d’un sens de la justice qui font de lui rapidement une personnalité publique à Blida. Mais surtout, nous comprenons directement les enjeux que soulèvent le film, j’en retiens deux : les liens entre le racisme et la santé mentale d’une part, et la question de la violence d’autre part.
La santé mentale est au cœur du film, bien sûr. Mais c’est surtout parce qu’au fond, nous comprenons que le racisme est une pathologique qui touche les victimes du racisme mais aussi les racistes, d’une part, et conditionne les actes de violences, d’autre part.
Un peu comme Malcolm X, dans les médias et les cultures françaises et occidentales, Fanon est vu sous l’angle de la violence (dans le sens où il serait un militant violent ou pro violence), mais le film souligne bien, à travers le personnage, que la violence n’est pas son choix, ni son reflexe alors qu’il subit les affronts et humiliations du racisme à titre personnel. Par contre, nous voyons bien qu’il comprend et explique bien les mécanismes de la violence. Les formes de violences et les actes de terrorisme sont dictés par l’oppresseur, ils ne sont pas initiés par l’opprimé. Nous le voyons avec cet enfant algérien qui tue son ami français. Nous le voyons aussi, avec le cas de cette jeune femme algérienne qui s’engage dans des actes terroristes après l’assassinat de son père par l’armée française.
La santé mentale est au cœur du film, bien sûr. Mais c’est surtout parce qu’au fond, nous comprenons que le racisme est une pathologique qui touche les victimes du racisme mais aussi les racistes, d’une part, et conditionne les actes de violences, d’autre part. Si la France souhaite guérir de la violence, du racisme ou de sa phobie de l’immigré comme cela semble être le cas aujourd’hui, il faut qu’elle guérisse du racisme (comme mécanisme de prédation et de destruction d’autrui). Oui, de ce qui ressort de ce film, c’est aussi que la France a besoin d’une thérapie collective pour cela. Le sergent raciste, une fois passé par « l’hôpital de Fanon », finit par désobéir à son chef, d’une certaine manière renonce à la violence dictée par le racisme, véritable moteur de la barbarie coloniale.
L’insurrection des consciences
Enfin ce refus de guérir de cette pathologie, c’est peut-être aussi l’une des raisons, au final, qui fait que ce film a semblé avoir du mal à être accepté et diffusé dans plus de salles en France. Parce qu’il révèle et expose une histoire française que la France se refuse de raconter dans ses livres d’histoires et de reconnaitre comme faisant partie de son identité ou ADN nationale. Pourquoi ? pour éviter sans doute que nombre de citoyens prennent exemple sur le sergent Rolland ?
Fanon, c’est aussi cela, une invitation à l’insurrection des consciences, contre les injustices, contre la déshumanisation, contre le racisme.
Mais des fois, la seule manière de guérir (soi-même ou autrui), c’est l’insurrection culturelle, c’est l’insurrection des consciences. Fanon, c’est aussi cela, cette insurrection de la conscience de ce jeune franco-antillais.
Fanon, c’est aussi cela, une invitation à l’insurrection des consciences, contre les injustices, contre la déshumanisation, contre le racisme. Voilà pourquoi, ce film est important, voilà pourquoi ce film doit être vu, partagé et débattu. Pour les africains et afro-descendants, bien sûr, mais pas seulement.





