Le documentaire « Descendant : Les héritiers d’Africatown » sur Netflix relate la chronique de la recherche et de la découverte historique du Clotilda, dernier navire négrier arrivé, en 1860, aux États-Unis chargé d’Africains illégalement réduits en esclavage. Mais ce n’est pas cela qui m’a intéressé dans ce documentaire. Ce qui le rend intéressant, pour moi, c’est l’histoire de ces africains sur le sol américain.
Et justement, c’est toute la clé de ce documentaire. Il conforte et confirme, si besoin en était, la validé et la légitimité du dossier de la réparation aux USA. La question noire aux USA, ce n’est pas juste une erreur du passé qu’il faut corriger, ce n’est pas juste des mauvais raisonnements qui ont conduit à des catastrophes humaines. La question noire aux USA n’est pas simplement une question du racisme (si dans le racisme, on pense que le racisme, c’est le fait de tout le monde). La question noire aux USA est d’abord et surtout une question de spoliation savamment organisée comme l’avait si bien souligné Ta-Nehisi Coates dans son essai « The Case for reparations ».
Une affaire de politiques publiques
La spoliation des corps, des énergies, des émotions, des idées, des cerveaux, des espoirs, des potentiels, des vies en quelques sortes. C’est à cela que la réparation doit répondre. « Descendant : Les héritiers d’Africatown » expose bien toute cette spoliation et ses conséquences dans le présent.
Oui, la réparation dont je parle, c’est uniquement pour les descendants d’esclaves sur le sol américain. La réparation est dûe aussi aujourd’hui, parce que le crime de l’esclavage , crime contre l’humanité produit encore ses effets. Africatown a été volontairement ciblée, comme les nombreuses communautés noires depuis la fin de l’esclavage. Tulsa est souvent citée comme la référence, mais toutes les communautés florissantes ont été ciblées et agressées. On y installe des autoroutes en plein milieu, on y installe des industries toxiques, on y déverse toutes sortes de pollution.
Là où je veux en venir, c’est qu’il ne s’agit pas de responsabilités individuelles isolées de tel négrier, ou de tel aventurier criminel comme l’a été Timothy Meaher avec le Clotilda. Ce n’est pas parce qu’on va serrer la main aux descendants des familles Meaher et autres membres de leur conglomérat d’aventuriers, que c’est Noël et que tout est résolu et pardonné. Surtout que la responsabilité ne s’est pas arrêté à la mise en esclavage. C’est surtout la suite qui a agravé le crime originel d’ailleurs (ségrégation, Jim Crow, Begnin neglect). C’est là tout le problème. Ce que rappelle ce documentaire, c’est que les noirs américains et leurs communautés ont été fragilisés et détruites à travers des politiques publiques validées et assumées par le gouvernement et ses citoyens. Les différences de richesses entre les noirs et blancs, les inégalités économiques et sociales entre les noirs et blancs, les inégalités au regarde la santé et bien-être viennent de ces politiques.
Racontons nos histoires
Le droit à la réparation est une créance imprescriptible mais en attendant d’y jouir, il est important de rappeler que les noirs américains se sont constamment « réparés ». A travers la littérature, c’est d’ailleurs le livre de Zora Neale Hurston, «Barracoon : L’histoire du dernier esclave américain» qui sert de fondation à ce documentaire. Mais à travers aussi la musique, à travers les arts, à travers le partage de leur histoire. C’est aussi visible dans le documentaire.
Au-delà de cela, les américains se sont toujours battus. C’est légèrement mentionné dans le documentaire. Mais par exemple, en 1837, ils ont obtenu la Proclamation de Jesup. Jesup était un général américain qui s’est battu contre les marrons noirs (Black Seminoles) en Floride. Quand il a compris qu’il ne pourrait pas les vaincre et s’est rendu compte de leur puissance, il a préféré « capituler » ou « négocier », les noirs retrouvent leur liberté mais quittent la Floride pour l’Oklahoma. Donc oui, même l’abolition de l’esclavage, les noirs américains n’ont pas attendu qu’on leur donne ça.
Descendant rappelle qu’il n’y a pas de petite histoire et que toutes les histoires doivent être racontées ou partagées. Pour les Congolais, en particulier, ce documentaire est aussi important à ce niveau. Archivons nos histoires, racontons nos histoires, partageons nos histoires. Même si aujourd’hui, on ne voit pas la lumière, il faut croire dans le soleil de demain. Comme ces gens d’Africatown, comme l’histoire des noirs américains nous le rappelle.






