De New-York à Johannesburg, de Paris à São Paulo, de Bamako à Tokyo, une nouvelle génération d’individus d’origine africaine a émergé. Ambitieux professionnellement, responsables socialement, impliqués culturellement, ces citoyens du monde tracent leur propre route, affichent leurs différences et imposent leurs idées aux multiples mondes auxquels ils appartiennent. Activistes, ambitieux et afropolitains, ces jeunes femmes et hommes sont résolus à défier la norme, concilier ce qu’ils font avec qui ils sont, et dessiner les contours d’un monde inédit dans lequel ils occupent un rôle central et décisif.
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Hawa Dème est née et a grandi au Mali. Après son baccalauréat obtenu à Bamako, elle a poursuivi ces études supérieures en France où elle a obtenu notamment une master en finance internationale et un MBA. Aujourd’hui elle est responsable de la conformité et du contrôle interne au sein d’une société française de gestion d’actifs à Paris. Panafricaine convaincue, elle milite pour l’Afrique depuis ses années étudiantes et s’implique dans des activités associatives en lien avec l’Afrique depuis l’âge de 11 ans. Leader dans l’âme, elle a été également présidente de l’association des diplômés et étudiants maliens de France (ADEM).
Une adolescente ancrée dans son pays. La France, vue comme une condamnation.
“Quand j’étais au Mali, de par mes relations et mes connections, j’évoluais dans un environnement très mixte. J’étais au collège de Notre dame du Niger, j’y avais des amis qui venaient d’un peu partout. J’avais, par exemple, beaucoup d’amis métis, avec des familles dont l’un des parents était russe, ou ukrainien, ou français. La France, historiquement, a des liens particuliers avec le Mali. Donc, même si je ne connaissais pas réellement ce pays, il ne m’était pas étranger. C’est la raison pour laquelle quand, je suis arrivée en France pour la première fois pour mes études, je ne me suis pas sentie à l’étranger, ni même dépaysée. J’étais aussi une adolescente très ancrée dans mon pays, j’étais beaucoup en interaction avec toutes sortes de populations, des plus pauvres aux plus riches. A travers tous ces contacts, j’ai eu la chance de connaître toute cette richesse humaine.
Le fait d’aller faire des études à l’étranger, après le Bac, que ce soit au Mali ou dans la plupart des pays d’Afrique, au vu de nos infrastructures académiques, c’est un peu une condamnation. Quand on a la chance de venir d’une famille qui peut se permettre de nous offrir cette éducation, parce que c’est considéré comme un cadeau chez nous, on est condamné à le faire, et on sait qu’après le baccalauréat, on va partir. La France n’était pas ma première destination, je voulais d’abord aller au Canada. J’avais même obtenu une bourse pour partir au Maghreb, mais la bourse avait disparu en chemin, et j’ai fini par passer une année sabbatique au Mali après le bac. Par la suite, je suis venue en France, tout simplement parce que j’y avais de la famille. Ayant passé le bac à 16 ans, lorsque je suis arrivée en France, je n’étais même pas majeure. Il était hors de question pour mon père que je sois livrée à moi-même, et donc, je suis allée chez mon oncle à Metz.
J’ai toujours évolué dans des structures associatives, j’ai toujours eu le contact facile, j’ai toujours été facilement vers les autres. Me retrouver dans le milieu universitaire avec d’autres jeunes de mon âge, peu importe d’où ils viennent parce que la jeunesse est universelle, avec plus ou moins les mêmes préoccupations, c’était un peu me retrouver dans mon univers. J’ai tout de suite cherché à participer à la vie associative. Et puis, le fait d’avoir de la famille sur place a facilité aussi les choses. Quand j’avais un souci, je pouvais passer un coup de fil. Ce qui fait que personnellement, j’ai beaucoup moins mal vécu, les premières années en France, que d’autres que je voyais autour de moi.”
Un engagement africain. Une personnalité tournée vers les autres.
“Quand je suis arrivée à l’université à Metz, il y avait plusieurs structures associatives africaines. J’avais toujours été contre les associations axées sur un seul pays, association des étudiants sénégalais, association des étudiants gabonais, association des étudiants maliens, etc. Mon idée était la suivante : mettons en place, dans une petite ville comme Metz, une grande structure associative rassemblant tous les étudiants africains. Il se trouve que des togolais qui avaient monté une association appelée Le mouvement Amadou Hampâté Bâ. Ils avaient la même idée que moi et surtout, parmi eux, beaucoup avaient des idées très panafricaines. Le contact est passé très vite avec eux. Le fait de pouvoir m’ouvrir sur d’autres pays africains, et être avec une structure qui pouvait aborder les questions concernant le continent africain de manière assez légitime, pour moi, c’était le tremplin. Il fallait y aller. Mon engagement africain a donc commencé à Metz au sein du mouvement Amadou Hampâté Bâ.
Mon activisme relève de ma personnalité. J’ai toujours tenu à avoir une vie associative. Elle m’enrichit. J’ai commencé à m’impliquer dans les associations quand j’avais 11 ou 12 ans. A cet âge, J’étais tout le temps dans les locaux de la fondation pour l’enfance au Mali. On organisait des activités, on faisait des campagnes de vaccination, on faisait des actions avec l’UNICEF, l’OMS et toutes ces structures internationales, on rendait visite aux enfants orphelins aux villages SOS. Cela fait partie de moi, je ne peux pas être complète sans une activité de ce type dans ma vie. Quand j’ai quitté Metz pour venir à Paris, j’ai laissé le mouvement Amadou Hampâté Bâ sur place et j’ai tout de suite cherché quoi faire, avec toujours l’idée d’une association qui ne soit pas centrée uniquement sur les Maliens. Mais au final je me suis quand même retrouvée au sein de l’ADEM, l’association des diplômés et étudiants maliens de France en 2008. A peine arrivée dans cette organisation, j’ai été élue secrétaire générale. Le temps faisant, je me suis rendue compte qu’il était tout aussi utile d’avoir des structures de ce genre, axées sur un pays. Et que cela n’empêchait pas de s’ouvrir sur le continent, au contraire d’ailleurs.
On me pose souvent cette question : Est-ce que tes parents étaient, aussi, engagées comme ça? Non, pas du tout. J’ai juste eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours laissé très libre de faire ce que je voulais. Ce sont davantage les circonstances de la vie qui m’ont poussé. J’ai commencé à m’impliquer dans cette fondation de l’enfance parce que je passais tous les jours devant pour aller à l’école, et il se trouve que ma meilleure amie avait sa maison, collée à cette fondation. On a commencé à jouer dans la cour de la fondation, puis ensuite, nous sommes entrées dans les bureaux. Et le fait que je me maintienne dans ses activités associatives est évidemment dû à mon parcours. Avec tout ce que j’ai vu depuis mon enfance jusqu’à maintenant, je me dis, en tant que jeune femme africaine et malienne, que je n’ai pas le droit de mener ma petite vie et de m’y complaire. Je fais partie d’une génération qui a l’obligation de s’investir pour les autres. Je fais partie d’une génération qui n’a absolument pas le droit de ne pas s’impliquer.”





