« Je reviendrai et je serai des millions » : Ces mots prophétiques de Tupac Katari résonnent tragiquement aujourd’hui.
L’influenceur burkinabé Alain Christophe Traoré, alias « Alino Faso », 44 ans, détenu à Abidjan pour « intelligence avec des agents d’un Etat étranger », a été retrouvé « pendu » dans sa chambre, le jeudi 24 juillet 2025. Cette mort en détention, officiellement classée comme suicide, rappelle étrangement les méthodes coloniales d’élimination des voix dérangeantes.
Comme Julián Apaza (Tupac Katari), le leader aymara qui dirigea l’insurrection de 1781 en Bolivie et fut capturé et éliminé par les troupes espagnoles, Alino Faso incarnait une parole libre dans un contexte de tensions géopolitiques. L’histoire enseigne une leçon fondamentale : les martyrs nourrissent les révolutions. Quand les colonisateurs espagnols exécutèrent Tupac Katari, ils croyaient éteindre la flamme. Au contraire, ils créaient un symbole éternel. (Jusqu’à ce que l’une des plus grandes stars du HipHop ait porté son nom, en la personne de Tupac Shakur…)
Pour l’Afrique contemporaine, l’héritage d’Alino Faso doit catalyser l’indignation agissante et révéler l’urgence de reprendre le flambeau. La disparition d’Alino Faso est peut-être le début d’une nouvelle épreuve. Celle de la capacité d’un peuple à transformer son deuil en serment et sa colère en une réponse politique cohérente.
Cette même dynamique peut opérer aujourd’hui. La mort tragique d’Alino Faso a tous les ingrédients pour transformer le militant (« connu pour son engagement en faveur des causes sociales ») en légende. Son parcours des réseaux sociaux aux geôles ivoiriennes illustre comment la répression révèle la peur des élites face aux nouvelles formes de mobilisation citoyenne.
Que nous révèle cette mort tragique, d’ailleurs ? D’abord, que les outils évoluent mais pas les réflexes répressifs. Ensuite, que la bataille décisive se joue dans l’espace informationnel. Alino Faso maîtrisait cette bataille narrative moderne pour les cœurs et les esprits, mobilisant les consciences panafricaines. Sa disparition pose une question cruciale : comment transformer ce drame en levier collectif, en réponse politique ? Tupac Katari est devenu plus puissant mort que vivant, inspirant des générations. Pour l’Afrique contemporaine, l’héritage d’Alino Faso doit catalyser l’indignation agissante et révéler l’urgence de reprendre le flambeau.
La disparition d’Alino Faso est peut-être le début d’une nouvelle épreuve. Celle de la capacité d’un peuple à transformer son deuil en serment et sa colère en une réponse politique cohérente. Pour les Burkinabè, pour les activistes africains et pour chaque citoyen, la question n’est plus de pleurer Alino Faso, mais de décider s’ils sont prêts à devenir les millions qu’il promettait d’incarner. Comme l’a martelé Joseph Ki-Zerbo, « Chaque jour chacun d’entre nous doit faire, dire, réaliser quelque chose contre l’impunité. Et s’il vous arrive d’aller vous coucher et que vous vous rendez compte que dans la journée vous n’avez rien fait, rien dit contre l’impunité, levez-vous et accomplissez ce devoir quotidien avant de dormir ! »






