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La question de la terre

La question de la terre

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(Vouloir) lutter contre le racisme, mettre fin aux agressions et discriminations en tous genres contre les noirs, c’est nécessairement s’engager dans la dynamique de la réparation. Ce que j’entends par La dynamique de la réparation ?

C’est rendre ce qui est a été volé, réparer ce qui a été brisé, compenser ce qui ne peut plus être reconstitué. Après the Case for reparations en 2014 par Ta-nehisi coates (qui s’est basé sur le secteur immobilier), cet autre essai du magazine The Atlantic, « The Great Land Robbery » apporte des arguments supplémentaires à la nécessité de la réparation, en se basant sur la question de la terre et l’agriculture.

Cet essai de Van Newkirk (un journaliste à suivre) explique pourquoi le fossé (au niveau financier et du patrimoine) entre les blancs et les noirs aux USA est lié en grande partie au vol des terres et aux pratiques d’expropriation dont ont été victimes les noirs dès lors que l’esclavage avait pris fin et surtout plus important, depuis les années 1950.

J’entends parfois le même argument contre les réparations qui sous-entendrait qu’il faut faire la part des choses et que tous les citoyens ne sont pas responsables des pratiques de leurs gouvernements pour ce qui est du traitement des noirs, mais ça ne tient pas debout, l’essai le souligne : « L’expropriation de masse n’exigeait pas de force organisatrice centrale ni de grande conspiration. Des milliers de décisions individuelles prises par des Blancs, encouragés ou motivés par la cupidité, le racisme, les lois existantes et les forces du marché, ont façonné ce processus. Mais il est indéniable que certains Blancs l’auraient organisé s’ils l’avaient pu. »

Cet essai nous rappelle aussi que ces discours sur l’entreprenariat, sur l’éthique du travail, sur l’ambition et l’excellence – qui nous feraient défaut en tant que noirs et qui expliqueraient pourquoi nous sommes si mal en point collectivement, du point de vue économique – sont des foutaises que les gens devraient arrêter de nous ressortir, parce que c’est vraiment nous manquer de respect ! L’histoire d’Ed Scott que les blancs américains, à travers le gouvernement, ont saboté devrait être une lecture obligatoire pour nos donneurs de leçons. Le drame, c’est que ce vol, ce pillage systémique initié en 1937 par le fameux Roosevelt du New Deal a des conséquences jusqu’à aujourd’hui. Et les conséquences sont résumées en une phrase : « Les zones de pauvreté extrême et les coins qui sentent le plus la mort, sont celles où l’expropriation a été la plus forte ».

Cette question de l’expropriation et des conséquences de pauvreté fait écho à la réalité congolaise qui subit depuis trop longtemps ce système de prédation. Dans cette perspective, cet article est également intéressant pour comprendre les modes opératoires utilisés pour nous déposséder de ce qui nous appartient et imaginer des réponses pour y faire face.

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