Bwemba Bong, originaire du Cameroun, est l’auteur du livre « Quand l’africain était l’or noir de l’Europe ». Dans cet entretien, extrait du livre « Pour nous reconstruire et redevenir nous-mêmes », il propose des clés de la renaissance africaine et explique pourquoi nous devons nous reconstruire en tant que peuple.
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Le salut des Africains et de l’Afrique passe donc par une unité, une union des forces et ressources africaines. Pourquoi, si cela semble évident, nous ne parvenons pas à nous reconstituer, ni à nous unir et demeurons désorganisés ? Qu’est-ce qu’il nous manque ?
Premièrement, les Africains doivent comprendre conscience qu’un peuple ne peut pas sortir de sa situation en attendant que les autres viennent faire son travail. Ce n’est pas possible. Deuxièmement, nous devons totalement revoir la manière dont nous abordons le monde actuel si nous voulons libérer notre peuple et notre continent. Nous ne pouvons pas nous contenter de faire les perroquets en répétant ce que d’autres ont dit.
Nous devons mettre en place une double dynamique, celle du contournement et celle de l’émulation. Par le contournement, il s’agit de se rendre à l’évidence que les européens, surtout les français, ne nous formerons jamais pour que nous allions développer l’Afrique. Il faut donc utiliser intelligemment les formations et les opportunités qui nous sont proposées et que nous rencontrons. Par l’émulation, il s’agit de s’assurer que chacun donne le meilleur de lui-même et fasse le mieux qu’il puisse. Cela va tous nous tirer vers le haut. Nous devons arrêter avec ces histoires de rivalité où dès que l’un d’entre nous monte, d’autres pensent qu’il commence à leur faire de l’ombre et se lancent dans le dénigrement. C’est aussi pour cela que nous n’avançons pas. Nous ne pouvons plus continuer de la sorte. Nous reculons, tout le monde est parti. Tout le monde avance, en Amérique latine, en Asie. On a l’impression que l’Afrique ne fait rien !
D’ailleurs, c’est toujours le principe du gouverneur général Antonetti qui régit en Afrique. Les européens ont gardé strictement la même infrastructure coloniale. Tous les moyens de transport mènent des mines ou des plantations aux ports. On évacue les biens. Ça continue aujourd’hui. Il n’y a pas de loisirs pour épanouir les gens. Et la balkanisation économique demeure un goulot d’étranglement terrible.
Il faut lancer en Afrique ce qu’on appelle les grands travaux. Si les africains veulent construire leur continent, ils doivent lancer des grands travaux sur la base de plans. Un plan vous permet de savoir où vous allez et de corriger tout de suite. Donnons-nous 20 ans pour irriguer tout le corps économique de l’Afrique. En 20 ans, nous devons avoir des autoroutes, des routes principales, des routes secondaires, avec les aéroports qu’il faut. Si nous n’y parvenons pas, alors nous devrions voir pourquoi. Et nous allons à la fois réconcilier le monde paysan et le monde citadin, et favoriser de véritables ingénieurs et techniciens.
Pour que les cerveaux soient prêts à ce changement que nous devons imposer, à cette société nouvelle que nous voulons voir émerger, il faut s’organiser et éduquer. Et ce travail, on doit l’initier dès la petite enfance. Parce que dès lors que vous présentez des complexes d’infériorité vis-à-vis de tout le monde, vous voulez que vos enfants se comportent comment ?
Depuis le 15ème siècle, nous avons sommes considérés comme des objets, comme l’or noir de l’Europe. Collectivement, nous ne semblons pas avoir conscience de la place qui nous a été attribuée par nos agresseurs ni du rôle que nous avons à jouer dans le monde. Nous avons une histoire faite d’agression, de massacres et d’assujettissement qui se poursuit. On nous fait constamment la guerre. Mais on semble ne pas s’en rendre compte, comment expliquez-vous cela ?
BB : Les noirs aujourd’hui croient trop en l’amitié entre les peuples. Beaucoup d’entre nous ne s’imaginent pas être en guerre, du tout. C’est la raison pour laquelle Il y a un grand décalage entre l’agression que nous subissons et notre riposte. Ce qu’il faut que les africains comprennent, c’est que des peuples entiers ont disparu. Et ce n’est pas fini.
Nos agresseurs inventent des armes de plus en plus redoutables. Regardez ce qu’ils ont fait à Robert Mugabe. Lors des accords de Lancaster en 1979, les Blancs eux-mêmes ont dit : Dans 10 ans, nous laisserons les terres. On leur a même laissé des années supplémentaires, mais ils ne respectent pas leurs engagements. Mugabe leur dit, maintenant je vais vous obliger à respecter vos propres engagements. Aussitôt après, le choléra s’est déclenché au Zimbabwe, 80000 morts.
Prenons l’Afrique du Sud. Beaucoup d’entre nous ne font même pas le lien entre le programme génétique mis en place par l’Afrique du Sud, avec le docteur Wouter Basson (surnommé « Docteur la Mort »), pour exterminer les noirs, et la pandémie du SIDA, particulièrement forte dans la zone de l’Afrique australe. Il y a un plan délibéré pour nous maintenir en bas de l’échelle et nous éliminer. C’est de bonne guerre. C’est nous qui ne comprenons pas et nous ne nous adaptons pas.
A un moment donné, nous devons faire comme les autres. Tu triches, je triche aussi. Je vous dis qu’avec les capacités que les africains ont aujourd’hui en bionique, en études biologiques, nous sommes capables de mettre sur pied des armes très puissantes comme le rayon de la mort. Mais vous vous décidez à lâcher une bombe, au bout d’un moment, avec le nombre toujours croissant de morts qu’elle occasionne, le noir vous dit, j’arrête. Dans son inconscient, il y a le tribunal d’Osiris. On va lui demander, pourquoi tu as tué ? Est-ce toi qui a donné la vie ? Les blancs n’ont pas ce souci. Leur dieu, Wotan, le dieu de la mythologie nordique, est le dieu de la guerre.
Lorsque l’on tient à quelqu’un ou à quelque chose, il faut se donner les moyens de le protéger ou de le sauvegarder. Comment concilier nos identités africaines avec les impératifs et réalités du monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui ?
BB : Nous devons nous adapter à ce monde. Nous devons restructurer notre mental et comprendre le monde tel qu’il fonctionne. Je commence à en avoir assez de la spiritualité. Il faut que nous apprenions à parler le même langage que nos interlocuteurs. La spiritualité africaine de la paix, de l’amour et de l’ouverture n’est pas en phase avec les réalités auxquelles nous devons faire face. Il faut donc la laisser de côté, dans un premier temps. Il est temps pour les africains d’adopter une spiritualité de combat et de la libération.
Nous avons aujourd’hui la capacité d’analyser les textes de l’Egypte ancienne, pour amener les africains au combat. Le monde est fait d’amour, mais aussi de haine, de guerres et de combats.
Il faut mettre notre Maat (L’ordre, la vérité et la justice dans l’Egypte antique) de côté, pendant un moment. La Maat, qu’est-ce que c’est au final ? C’est l’Ubuntu en Afrique du Sud. Si nous ne voulons pas disparaître en tant que peuple, il faut arrêter avec cette Maat. Le monde mystique, le monde spirituel, c’est une philosophie que l’on se donne. Le jour où nous serons redevenus nous-mêmes, et que nous serons en mesure de nous défendre, alors à ce moment-là, nous retournerons à la Maat. En attendant, laissons cela de côté.
D’ailleurs, à l’époque où nous pratiquions la Maat, la situation des africains n’était pas la même. Nous étions le peuple dominant. Nous aurions pu dominer les autres, mais on ne l’a jamais fait. Si nous détenons l’arme nucléaire, nous pouvons faire notre Maat. Mais ceux qui appuient sur le bouton, ne font pas la Maat. Le pilote militaire américain Paul Tibbets qui a largué la première bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945 et causé des centaines de milliers de morts et de blessés, dormait tranquille, sans regret quelconque, par la suite et disait même qu’il aurait pu en faire plus. Je vous dis qui si un africain s’était retrouvé dans la situation de ce militaire américain, il serait devenu fou.






