Nous souvenons-nous du scandale Findus ? C’est une fraude alimentaire commise à l’échelle européenne, dans laquelle, en 2013, la marque Findus a fait passer de la viande de cheval pour de la viande de bœuf, dans ses lasagnes. S’il y avait bien l’étiquetage (donc la validation officielle) « pur bœuf », ces lasagnes Findus contenaient plus de 60% de viande de cheval.
L’ironie est que la traçabilité était devenue une obsession : on suivait scrupuleusement le parcours d’un produit, on vérifiait la conformité des étiquettes, mais, dans tout cela, on avait négligé de s’intéresser à l’essentiel : la substance, le goût, la vérité. Pour le dire autrement, le processus avait éclipsé le produit. C’est la raison pour laquelle on a retrouvé de la viande de cheval à la place de la viande de bœuf.
Aujourd’hui, le développement de l’intelligence artificielle ne fait qu’amplifier cette «logique Findus». Il apparait clair qu’en déléguant nos décisions à des algorithmes, nous nous focalisons sur l’efficacité du processus, l’optimisation des flux ainsi que la validation de critères formels. Nous laissons ainsi la machine décider à notre place, en faisant confiance à sa logique froide. Mais cette délégation a un coût. Une étude récente du MIT (sur l’impact de ChatGPT) nous l’a présenté, ce coût : une potentielle atrophie de notre esprit critique et de notre capacité à juger et à sentir.
Allons-nous, comme pour ces lasagnes, nous contenter d’une étiquette d’efficacité tout en perdant la substance de notre jugement ?
Il ne s’agit pas seulement de savoir si le processus est correct, mais si la vérité est encore dans l’assiette. Pour l’Afrique, pour nos organisations, nos communautés, nos États et notre avenir, refuser de « goûter », c’est consentir à la fraude. C’est un enjeu de souveraineté : celle de notre intelligence et de notre humanité. La vraie intelligence, artificielle ou humaine, ne se mesure, de toute façon, pas à la capacité de produire des réponses, mais à susciter de meilleures questions.





