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José Do-Nascimento – Pour un véritable projet de renaissance

José Do-Nascimento – Pour un véritable projet de renaissance

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José Do-Nascimento est juriste et politologue. Ingénieur d’études en droit public à l’université Paris Sud, il est également président de l’association de recherche sur les perspectives de la modernité en Afrique (ARPEMA) et membre de la Research Team Members du MINDS (Mandela Institute for Development Studies) en charge du programme de recherche, African Heritage Research Study. José Do-Nascimento est également auteur de plusieurs ouvrages dont le « Les chemins de la modernité en Afrique » (L’Harmattan, 2017) et « La pensée politique de Cheikh Anta Diop » (L’Harmattan, 2020). Dans cette interview, extraite de « Conversations Africaines », il expose les enjeux d’un véritable projet de renaissance africaine.

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Comment définiriez-vous la renaissance africaine, de quoi parle-t-on quand on parle de renaissance africaine ?
C’est un fait que de dire qu’aujourd’hui dans la communauté africaine tout le monde parle de la renaissance africaine. Mais les uns en parlent sans en donner la définition. Les autres en parlent en en donnant un sens qui est un contre sens. Il faut clarifier ce concept : les mots ont une origine et un sens précis. Ce concept a été formé par analogie avec le concept de renaissance européenne. En science politique, on entend par renaissance européenne un projet de renaissance historique qui a donné naissance à la société européenne moderne.

Il nous faut donc savoir qu’est-ce qu’est un projet de renaissance historique ? C’est un projet que met en oeuvre un peuple qui a perdu son aptitude à l’initiative historique suite à un processus de régression historique. Par aptitude à l’initiative historique, il faut entendre l’aptitude d’un peuple à entreprendre, anticiper, créer, inventer et innover afin de produire par lui-même les conditions matérielles et immatérielles de sa propre existence. Un peuple qui met en œuvre un projet de renaissance historique est un peuple qui a pour objectif la reconquête son aptitude à l’initiative historique.

La renaissance africaine est donc un projet de renaissance historique des sociétés africaines. Elle a pour objectif la reconquête de l’initiative historique par les peuples africains. Ce qui doit renaître est donc notre aptitude à l’initiative historique. Notre aptitude à entreprendre, anticiper, créer, inventer et innover à l’échelle collective. De ce point de vue le concept de renaissance africaine est un concept heuristique et opératoire.

Un concept heuristique, car il nous renvoie à un patrimoine historique dont on peut s’inspirer pour inventer les solutions du futur dans divers domaines. Il ne s’agit donc pas de reconduire les solutions du passé mais de s’en inspirer comme le firent les humanistes qui ont inventé la société européenne moderne. La démocratie moderne par exemple a été inspirée de la démocratie athénienne sans en être une copie. Un concept opératoire car ce concept informe sur les politiques de renaissance à mettre en œuvre et sur la logique du changement social inhérent à un projet de renaissance historique.

Dans la mesure où notre condition actuelle trouve ses origines dans un processus de régression historique, seule, par définition, une logique de changement social en termes de refondation du tissu social pourrait en prendre le contrepied. Il doit s’agir d’une refondation du tissu social comme tissu à nouveau propice aux libertés, aux sciences, aux techniques et à la Raison.

Dans la mesure où un processus de régression historique a pour effet de rendre insalubre le tissu social et de déposséder la société de toute maîtrise des ressorts de l’historicité, une reconquête de l’initiative historique  passe nécessairement par la mise en œuvre trois types de politiques gouvernementales: une politique d’assainissement du tissu social et de l’imaginaire social, une politique d’appropriation des ressorts de l’historicité ( par exemple l’Etat et le système éducatif), une politique de promotion des sciences et des techniques. Par la mise en oeuvre de telles politiques les peuples africains pourront reconquérir leur aptitude à l’initiative historique.

 

Quelles sont les manifestations du désenchantement africain qui appellent ou commandent la renaissance ?
La manifestation principale est le fait que notre problème fondamental est notre incapacité à produire les moyens matériels et immatériels de notre propre existence. Prenez l’exemple de l’envahissement du nord Mali par des djihadistes. L’Etat malien a montré que depuis les années 1960, il n’a pas été capable de mettre en place une politique de sécurité des frontières.

Ce dont on a besoin, ce n’est donc ni la révolution ni le développement mais la reconquête de l’initiative historique. Par exemple l’aptitude à sécuriser nos frontières.

 

Bwemba Bong, auteur, entre autres, de « Réflexion sur une dynamique de combat pour la Renaissance Africaine », rappelle que «Nous sommes encore dans les razzias négrières et nous ne nous en sommes jamais sortis ». Dans ce contexte, si nous voulons exister en tant que nous et nous relever quelles sont les étapes clés de la renaissance africaine ?
– D’abord créer un groupe de recherche :
Ce groupe doit exploiter la portée heuristique du patrimoine historique africain pour inventer les solutions de l’avenir sur le plan des institutions, de l’économie, du système éducatif etc…Les membres de ce centre de recherche devront faire comme les européens qui à partir du XVème siècle ont su inventer les éléments constitutifs de leur modernité à partir du potentiel heuristique de leur patrimoine antique. C’est le cas par exemple du concept de la démocratie. Ils n’ont pas reconduit la démocratie grecque mais à partir de l’expérience de la Grèce antique, ils ont inventé la démocratie moderne qui est distincte de la démocratie grecque.

Donc ce groupe doit s’inspirer de notre patrimoine historique pour inventer les politiques institutionnelles, économiques, éducationnelle, sanitaire, scientifique et technique à mettre en œuvre par un gouvernement acquis aux idéaux de la renaissance africaine

– Ensuite créer un parti politique sur le mode d’un parafedem : parti pour la renaissance africaine, le fédéralisme et la démocratie.

Ce parafedem aura des sections nationales qui participeront aux élections municipales, législatives et présidentielles dans chaque pays. Ce parti politique aura pour objectif de conquérir le pouvoir politique de manière démocratique afin de mettre en oeuvre une politique conforme aux matériaux de la renaissance africaine.

 

En quoi la société de l’en-commun que propose Achille Mbembe est-elle une sorte de fuite en avant, face à la possibilité d’un projet politique africain autonome ? (Vous dites que l’intellectuel camerounais « préfère prendre le large »)
Dans son livre, Sortir de la grande nuit, il dit être pessimiste sur la possibilité d’un projet politique africain autonome. Aussi recommande-t-il aux africains de solliciter un plan Marshall tandis que lui-même il va s’occuper du sort de la société de l’en-commun. Ce n’est même pas une fuite en avant. C’est un sauve qui peut.

C’est normal qu’il ne croit pas dans la possibilité d’un tel projet puisque qu’il ignore les seuls travaux qui rendent possible un tel projet. Les travaux de Cheikh Anta Diop. Ses références à lui ne permettent pas de penser un tel projet : Ils envisagent tous le salut de l’Afrique en termes de l’En-commun.

Léopold Sédar Senghor : Il est partisan d’une société de l’universel où le nègre n’apporte que l’émotion ; Aimé Césaire : C’est un intellectuel révolutionnaire mais un politicien qui départementalise son île et ne considère pas le créole comme une langue ; Frantz Fanon : C’est un humaniste tiers-mondiste qui croyait au grand soir.

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