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Sortir de la logique du succès imposé

Sortir de la logique du succès imposé

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Pourquoi le « succès » moderne apparaît non seulement comme un piège individuel, mais aussi comme une véritable industrie du faux alimentée par un système de validation superficiel.

Il fut un temps où l’avenir de l’Afrique devait passer par les fameux ajustements structurels. Aujourd’hui, c’est le code Python et le « personal branding » qui font la loi. On voit se développer cette nouvelle croyance : celle du génie entrepreneur, ce demi-dieu en sweat à capuche censé résoudre la faim dans le monde avec une application de livraison de pondu.

Une illusion de compétence

On nous répète en boucle que tout le monde peut, et doit, devenir entrepreneur. C’est la victoire du «solutionnisme»: cette idée qu’un problème de société n’est qu’un bug à corriger. Pourtant, derrière les paillettes du digital, on fabrique en série ce qu’on nomme « succès », alors que ça ressemble plutôt à un échec bien emballé.

Le succès est devenu une question de « surface » : on valide une personne sur ses titres (réels ou gonflés) et sa capacité à occuper l’espace médiatique plutôt que sur la solidité de ses apports.

Ce système ne crée pas seulement des solutions, il fabrique des simulacres. Comme le souligne le débat sur la vérification des faits et l’intégrité scientifique, le succès est devenu une question de « surface » : on valide une personne sur ses titres (réels ou gonflés) et sa capacité à occuper l’espace médiatique plutôt que sur la solidité de ses apports. L’entrepreneuriat est alors détourné en une mise en scène permanente où l’image de la réussite compte plus que la réalité du service rendu. Tout cela est très bien exposé par Roland Gori dans son livre « La fabrique des imposteurs ».

En effet, dans cet essai, le psychanalyste français souligne que « L’époque est au « court-termisme », à la fulgurance, à la réactivité, au scoop, à l’oubli aussi. Elle invite à faire prévaloir la forme sur le fond, à valoriser les moyens plutôt que les fins, à miser sur les apparences et la réputation plutôt que sur la vérité et la probité, à préférer l’audience et la publicité au travail approfondi d’analyse, à choisir le pragmatisme opportuniste plutôt que le courage des convictions, à préférer l’opinion à l’esprit de liberté, à manier l’ironie et l’humour plutôt que la pensée critique, à pratiquer l’art de l’illusion lorsqu’elle permet de réussir. C’est pourquoi elle fabrique des imposteurs et des conformistes. »

Pourquoi nous accrochons-nous au mensonge ?

Le vrai paradoxe réside ici : plus on se connecte à ce grand système global, plus on se débranche de nos réalités locales. On pousse les jeunes vers l’auto-entrepreneuriat parce que l’État, désorienté par le néolibéralisme, n’a plus rien d’autre à proposer. C’est une condamnation à l’instabilité, joliment relookée en “liberté”.

Le véritable défi aujourd’hui n’est pas de réussir selon les critères imposés par les algorithmes ou les plateaux de télévision, mais de reconnecter le savoir à la vérité.

On applaudit une levée de fonds en dollars pour une plateforme, pendant que la production de base reste dans les années 1960. On invite les citoyens à nourrir les algorithmes de la Silicon Valley, qui viennent ensuite nous expliquer comment gérer nos forêts, nos mines et nos vies.

Pourquoi nous accrochons-nous à ce mensonge ? Tout d’abord par absence d’alternative. Le capitalisme a rendu presque ringarde toute idée de souveraineté industrielle ou de service public. Ensuite, il y a la ludification de la précarité. Parce que le digital transforme la galère en jeu vidéo ; on ne cherche plus un boulot, on traque des opportunités sur LinkedIn. Enfin, il y a le narcissisme. En effet, l’IA et les réseaux sociaux nous poussent à devenir notre propre produit.

Sortir du vide

Dans cette perspective, le succès devient un piège psychologique. si l’on échoue, c’est que notre « mindset » (état d’esprit) n’était pas assez positif. Ce faisant, on dépolitise tout. À force de chercher des solutions individuelles et digitales, on oublie de demander des comptes sur la gestion de nos vraies ressources : nos terres, nos forêts, nos données et nos cultures.

Sortir de la logique du succès imposé, c’est refuser d’être un « produit ». C’est exiger une rigueur qui dépasse le simple « buzz » ou le personal branding. Le vrai succès réside dans la capacité à produire de la valeur réelle, enracinée, loin de la mise en scène du vide.

L’IA ne remplacera jamais nos cœurs et nos esprits. Le véritable défi aujourd’hui n’est pas de réussir selon les critères imposés par les algorithmes ou les plateaux de télévision, mais de reconnecter le savoir à la vérité.

Sortir de la logique du succès imposé, c’est refuser d’être un « produit ». C’est exiger une rigueur qui dépasse le simple « buzz » ou le personal branding. Le vrai succès réside dans la capacité à produire de la valeur réelle, enracinée, loin de la mise en scène du vide.

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