{"id":6874,"date":"2022-11-12T17:11:25","date_gmt":"2022-11-12T16:11:25","guid":{"rendered":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/?p=6874"},"modified":"2023-08-14T17:47:41","modified_gmt":"2023-08-14T15:47:41","slug":"pourquoi-le-savoir-seul-ne-suffit-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/pourquoi-le-savoir-seul-ne-suffit-pas\/","title":{"rendered":"Pourquoi le savoir seul ne suffit pas"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Si nous sommes si bien inform\u00e9s, pourquoi ne sommes nous pas beaucoup plus efficaces et productifs? Si nous en savons autant pourquoi ne sommes-nous donc pas capables de r\u00e9inventer une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 avec les connaissances accumul\u00e9es? Si la v\u00e9rit\u00e9 fait de nous des hommes libres, pourquoi ne faisons-nous pas preuve de davantage de courage face aux d\u00e9fis \u00e0 relever? L\u2019abb\u00e9 Jean-Pierre Mbelu, philosophe et analyste politique r\u00e9pond.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui nous en savons beaucoup. Nous savons pourquoi l\u2019Afrique est toujours un continent en voie de d\u00e9veloppement et pourquoi des nombreuses r\u00e9gions et populations vont toujours tr\u00e8s mal. Des centaines de livres, d\u2019\u00e9tudes et rapports sont publi\u00e9s chaque ann\u00e9e sur ces th\u00e9matiques et des milliers d\u2019articles et analyses sont disponibles sur le net. Nous savons aussi ce qu\u2019il faut faire pour favoriser l\u2019emploi durable des populations et le d\u00e9veloppement d\u2019activit\u00e9s \u00e9conomiques p\u00e9rennes. Nous savons aussi ce qu\u2019il faut faire pour d\u00e9velopper des communaut\u00e9s \u00e9conomiques fortes au niveau des diasporas africaines. Mais, pourquoi, avec toutes ces informations disponibles, nous, en tant qu\u2019individus, en tant que communaut\u00e9s d\u2019individus ayant des int\u00e9r\u00eats communs, ne faisons pas preuve (de plus) d\u2019activisme politique, \u00e9conomique et social?<\/p>\n<p>Prenons le cas de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique Congo. Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, nous savons que le pays conna\u00eet une sorte d\u2019holocauste avec plus de 5 millions de morts et des milliers de femmes viol\u00e9es, et que les indicateurs de d\u00e9veloppement humain sont au plus bas. Nous connaissons aujourd\u2019hui les causes du chaos dans ce pays et les enjeux de sa permanence.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, nous savons que le pays a tous les atouts pour \u00eatre le moteur \u00e9conomique de l\u2019Afrique, sur la base de richesses de son sous-sol, et s\u2019av\u00e8re \u00eatre le second poumon du monde, apr\u00e8s le Br\u00e9sil (Amazonie), tout en disposant de la moiti\u00e9 des for\u00eats et des ressources en eau du continent. Mais malgr\u00e9 cela, que faisons-nous pour aider le pays et la population congolaise \u00e0 se redresser, relever la t\u00eate et tirer profit de son potentiel ?<br \/>\nSi, nous sommes effectivement si bien inform\u00e9s, pourquoi ne sommes nous pas beaucoup plus efficaces et productifs ? Si nous en savons autant pourquoi ne sommes-nous donc pas capables de r\u00e9inventer une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 avec les connaissances accumul\u00e9es ? Si la v\u00e9rit\u00e9 fait de nous des hommes libres, pourquoi ne faisons-nous pas preuve de davantage de courage face aux d\u00e9fis \u00e0 relever ?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, Illmatik s\u2019est entretenu avec l\u2019abb\u00e9 Jean-Pierre Mbelu. Originaire de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, o\u00f9 il a connu son ordination sacerdotale en 1988, l\u2019abb\u00e9 Mbelu officie dans une paroisse de la r\u00e9gion de Charleroi, en Belgique. Philosophe de formation, il est surtout un analyste politique prolifique, avis\u00e9 et sollicit\u00e9. Depuis pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie, non seulement, M. Mbelu multiplie les conf\u00e9rences et interventions pertinentes sur les enjeux g\u00e9ostrat\u00e9giques et g\u00e9opolitiques en RD Congo et en Afrique centrale, mais surtout, publie en moyenne deux articles par semaine sur les questions politiques, \u00e9conomiques et sociales. Pour Jean-Pierre Mbelu, auteur de plusieurs livres, informer peut s\u2019av\u00e9rer \u00eatre une mani\u00e8re d\u2019agir sur notre environnement et sur le monde. Dans cette interview, M. Mbelu nous explique pourquoi, malgr\u00e9 la profusion de connaissances et de productions intellectuelles, il y a peu d\u2019actes, nous montre ce que, chacun d\u2019entre nous, peut entreprendre un changement positif de mani\u00e8re tangible, et propose un mode d\u2019emploi pour changer notre r\u00e9alit\u00e9 et notre monde.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;<\/p>\n<p><strong> Illmatik: Aujourd\u2019hui, il y a souvent une opposition entre l\u2019information et l\u2019action. Et l\u2019on reproche souvent \u00e0 ceux qui produisent une information, qui va \u00e0 l\u2019encontre de la pens\u00e9e dominante et la diffusent de ne pas agir et de ne pas \u00eatre des gens d\u2019action.  Comment produire de l\u2019information constitue-t-il aussi une mani\u00e8re d\u2019agir, d\u2019agir sur son environnement, d\u2019agir sur le monde?<\/strong><br \/>\nJean-Pierre Mbelu: De quelle information parlez-vous? Les m\u00e9dias dominants produisent, souvent, une information au service des cercles de pouvoir qu\u2019ils servent. Souvent, ils travaillent \u00e0 la fabrication du consentement populaire et au d\u00e9cervelage des populations qui font partie de leur client\u00e8le. Dieu merci! Il y a de plus en plus des m\u00e9dias alternatifs &#8211; comme Le Grand Soir, R\u00e9seau Voltaire, Michel Collon, ou encore Cheik Fita News, Ingeta.com, Congoindependant.com, pour ce qui concerne le Congo &#8211; qui essaient, contre vents et mar\u00e9es, de diversifier les sources  de leurs informations, de relayer les t\u00e9moignages des acteurs de terrain, de provoquer le d\u00e9bat, de mani\u00e8re \u00e0 offrir \u00e0 leurs publics, une information  suffisamment sourc\u00e9e et document\u00e9e.<br \/>\nCette fa\u00e7on de proc\u00e9der est une action. Et les actions transformatrices de notre devenir collectif sont ou devraient \u00eatre de nature diverse et diversifi\u00e9e. Il est difficile par exemple de transformer la situation d\u2019un pays si les informations, les donn\u00e9es dont on dispose sur ce pays sont erron\u00e9es. De bonnes informations mises \u00e0 profit aident \u00e0 l\u2019\u00e9veil de la conscience patriotique et citoyenne.<\/p>\n<p><strong>Vous faites souvent r\u00e9f\u00e9rence au courage dans vos \u00e9crits. Le courage auquel vous faites allusion, ce n\u2019est pas juste avoir du cran, ou prendre des risques, vous lui donnez une valeur quasi spirituelle\u2026 Comment d\u00e9finirez-vous le courage ?<\/strong><br \/>\nUne valeur spirituelle ? Je ne sais pas. J\u2019estime tout simplement que  le courage seul ne suffit pas. Il doit faire partie d\u2019une trilogie : courage, pers\u00e9v\u00e9rance et esprit d\u2019abn\u00e9gation. Compris comme vertu faisant partie de cette trilogie, il est ce qui, en nous, nous pousse \u00e0 croire que l\u2019impossible peut devenir possible ; que \u201cles derniers peuvent devenir les premiers\u201d.  Et l\u2019endurance dans le courage exige de l\u2019encouragement ; c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il y a du courage que l\u00e0 o\u00f9 ses partisans s\u2019encouragent les uns les autres.  Alain Badiou, un philosophe fran\u00e7ais, et Frantz Fanon inspirent mon approche du courage. Pour Alain Badiou,  il est \u201cla vertu qui se manifeste par l\u2019endurance dans l\u2019impossible\u201d ; il est \u201cune vertu qui se manifeste dans les pratiques qui construisent un temps particulier, sans \u00e9gard aux lois du monde et sans \u00e9gard aux opinions qui supportent ces lois\u201d. On dirait la t\u00eatutesse  dans l\u2019endurance parce qu\u2019on est convaincus, comme J\u00e9sus et Frantz Fanon, que les \u201cderniers seront les premiers\u201d. Cette approche du courage a de s\u00e9rieuses incidences politiques. C\u2019est la foi dans le fait que nos populations minor\u00e9es, comme derni\u00e8res, peuvent devenir les d\u00e9miurges  de leur propre destin\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>On dit que le courage est contagieux. Pourquoi les mouvements \u201cOccupy\u201d dans le monde n\u2019ont pas incit\u00e9 les populations d\u2019origine africaine \u00e0 cr\u00e9er leurs propres mouvements pour se r\u00e9approprier leur histoire et destin? Pourquoi le printemps arabe n\u2019a pas conduit les peuples d\u2019Afrique subsaharienne en souffrance \u00e0 se lever?<\/strong><br \/>\nMoi, je poserai la question autrement : Quand est-ce que le courage devient contagieux ? Primo, quand les initiateurs d\u2019un mouvement s\u2019encouragent. Secundo, quand, les id\u00e9es ayant suscit\u00e9 le mouvement atteignent une masse critique.<br \/>\nLa contagion n\u2019est pas une g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e : elle est port\u00e9e par les minorit\u00e9s organis\u00e9es, agissantes et courageuses se moquant du temps que leur impartissent \u201cles ma\u00eetres du monde et ceux qui leur ob\u00e9issent\u201d. Elles relativisent ou  se moquent du temps qui coule &#8211; le chronos &#8211; et travaillent \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du temps favorable &#8211; le ka\u00efros.  Au sujet du printemps arable, il y a \u00e0 manger et \u00e0 boire. Il est rest\u00e9 inachev\u00e9. Les tireurs des ficelles l\u2019ont, de l\u2019une ou de l\u2019autre fa\u00e7on, manipul\u00e9. Qui aurait cru que ce printemps aboutirait \u00e0 la prise de pouvoir par les fr\u00e8res musulmans en Egypte ?<\/p>\n<p>&#8230;&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si nous sommes si bien inform\u00e9s, pourquoi ne sommes nous pas beaucoup plus efficaces et productifs? Si nous en savons autant pourquoi ne sommes-nous donc pas capables de r\u00e9inventer une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 avec les connaissances accumul\u00e9es? Si la v\u00e9rit\u00e9 fait de nous des hommes libres, pourquoi ne faisons-nous pas preuve de davantage de courage face&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6876,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[104,87,105],"tags":[],"thb-sponsors":[],"class_list":["post-6874","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-illmatik-1","category-interviews","category-leadership-vision"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6874","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6874"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6874\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6878,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6874\/revisions\/6878"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6876"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6874"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6874"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6874"},{"taxonomy":"thb-sponsors","embeddable":true,"href":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/wp-json\/wp\/v2\/thb-sponsors?post=6874"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}