{"id":7023,"date":"2022-11-12T14:35:21","date_gmt":"2022-11-12T13:35:21","guid":{"rendered":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/?p=7023"},"modified":"2023-08-14T17:44:08","modified_gmt":"2023-08-14T15:44:08","slug":"au-dela-des-livres-la-communaute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/illmatik.com\/V2\/au-dela-des-livres-la-communaute\/","title":{"rendered":"Au-del\u00e0 des livres, la communaut\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Comment Anibwe apporte un mod\u00e8le alternatif de d\u00e9veloppement pour les livres et se bat pour la promotion des cultures et histoires africaines. <\/strong><\/em><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des comp\u00e9tences appropri\u00e9es, la passion est une condition, souvent n\u00e9cessaire, pour entreprendre, s\u2019\u00e9panouir dans son entreprise et r\u00e9ussir dans cette derni\u00e8re, quelle qu\u2019elle soit. Lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre et promouvoir une culture, \u00e0 travers les livres, aupr\u00e8s d\u2019un public qui est relativement peu passionn\u00e9, pour diverses raisons, par les livres, ou encore de militer pour ses id\u00e9es dans un univers commercial et politique hostile : Il faut effectivement \u00eatre convaincu que ce que l\u2019on fait ne s\u2019arr\u00eate pas seulement \u00e0 la caisse mais va bien au-del\u00e0 et sert \u00e0 quelque chose. Parce que si l\u2019on n\u2019en est pas convaincu, on jette tout de suite l\u2019\u00e9ponge. Cependant cette passion, aussi forte soit-elle, ne doit pas nous amener \u00e0 croire que nous sommes des super h\u00e9ros. \u201cIl faut \u00e9viter l\u2019erreur du militant\u201d avertit Kassi Assemian, \u201cle militant croit tellement \u00e0 sa d\u00e9marche que des fois, il n\u00e9glige des aspects de sa survie m\u00eame. C\u2019est une erreur fatale qui nous co\u00fbte tous\u2026\u201d. Quand, il s\u2019agit d\u2019allier passion comp\u00e9tence, militantisme et lucidit\u00e9, le parcours de Kassi Assemian, fondateur de la librairie et maison d\u2019\u00e9dition, Anibwe fait autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 en France, dans les ann\u00e9es 1970, pour, comme la plupart des exil\u00e9s africains de l\u2019\u00e9poque, \u00e9tudier &#8211; la sociologie \u00e0 Lille, dans son cas &#8211; Kassi Assemian a ensuite travaill\u00e9 pour le compte des collectivit\u00e9s locales en tant que chef de projet en d\u00e9veloppement urbain. Cette exp\u00e9rience lui a permis, par ailleurs, de s\u2019installer \u00e0 son compte en tant que consultant pendant pr\u00e8s de 25 ans. La naissance du projet Anibwe n\u2019est pas venue de son exp\u00e9rience professionnelle, mais d\u2019un constat et d\u2019un besoin en tant qu\u2019\u00e9tudiant. Parce qu\u2019il devait constamment faire des allers-retours Lille-Paris pour trouver les livres qui l\u2019int\u00e9ressaient et concernaient l\u2019Afrique, parce qu\u2019il devait faire face \u00e0 Paris, \u00e0 la pauvret\u00e9 du choix des ouvrages, il a rapidement pris la d\u00e9cision de s\u2019organiser et de mettre en place lui-m\u00eame, \u00e0 Lille, la toute premi\u00e8re librairie pour r\u00e9pondre \u00e0 la pauvret\u00e9 des documents, des livres, des archives concernant l\u2019Afrique dans les rayons des librairies classiques.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que le projet Anibwe a pris corps, lors de sa seconde ann\u00e9e \u00e9tudiante en France, avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019il fallait absolument que nous ayons des choses par nous-m\u00eames pour essayer d\u2019apprendre notre histoire, faire venir des ouvrages qui nous int\u00e9ressent. Ce qui n\u2019\u00e9tait alors qu\u2019une utopie &#8211; qui pouvait croire dans les ann\u00e9es 70 que l\u2019on pouvait cr\u00e9er une librairie sp\u00e9cialis\u00e9e sur l\u2019Afrique, et cela sans moyens? &#8211; est devenue 35 ans plus, un espace culturel et intellectuel de r\u00e9f\u00e9rence pour le monde noir et africain en France et en Europe.Alors qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter Paris et la France et red\u00e9ployer les activit\u00e9s d\u2019Anibwe \u00e0 Abidjan, en C\u00f4te d\u2019Ivoire, ce sociologue de formation nous expose les facteurs cl\u00e9s de la long\u00e9vit\u00e9 du \u00ab projet \u00bb Anibwe, tout en proposant, par la m\u00eame occasion, un mod\u00e8le alternatif de d\u00e9veloppement pour les librairies, et soulignant l\u2019importance de la promotion de cultures et histoires africaines.<br \/>\n&#8212;<\/p>\n<h3>Le choix: Militantisme d\u2019id\u00e9es Vs Commerce de livre<\/h3>\n<p><strong><em>Pourquoi l\u2019essentiel du travail du libraire \u201cafricain\u201d est celui de d\u00e9nicher et d\u2019informer.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le travail d\u2019un libraire consiste principalement \u00e0 d\u00e9nicher. Il ne s\u2019agit pas uniquement de vendre. Les informations sur l\u2019Afrique, par exemple, sont \u00e9parpill\u00e9es, il n\u2019y a pas une source unique. Il faut donc de la passion et de la volont\u00e9 pour rechercher ces informations, trouver les sources, les rassembler dans un m\u00eame lieu et faciliter ainsi le travail de recherche documentaire sur l\u2019Afrique. Parce que tr\u00e8s souvent, m\u00eame quand on a trouv\u00e9 des titres, se les procurer n\u2019est pas une mince affaire. Par cons\u00e9quent, le r\u00f4le du libraire, version Anibwe, est de se battre pour d\u00e9nicher les oiseaux rares, les rassembler et ensuite diffuser l\u2019information aupr\u00e8s de notre communaut\u00e9 pour qu\u2019elle sache qu\u2019il y a des ouvrages qui la concernent et qu\u2019elle peut trouver \u00e0 la librairie\u2026<\/p>\n<p>Parce que notre communaut\u00e9 n\u2019est pas passionn\u00e9e par le livre et la lecture. C\u2019est pour cela que nous avons cette particularit\u00e9 avec Anibwe, depuis sa cr\u00e9ation, d\u2019\u00eatre depuis toujours un lieu d\u2019animation autour du livre. Nous n\u2019avons jamais \u00e9t\u00e9 que \u201csimple libraire\u201d.Tous les week-ends, nous essayons de cr\u00e9er la rencontre, avec des auteurs, avec des personnes qui peuvent parler d\u2019un livre, qui ont lu un livre, qui peuvent \u00e9changer avec d\u2019autres.<br \/>\nNous avons toujours pens\u00e9 que notre rapport au livre \u00e9tait tel qu\u2019il nous fallait beaucoup de p\u00e9dagogie pour initier ceux qui n\u2019avaient pas l\u2019habitude de lire, ou entretenir la flamme pour ceux qui avaient l\u2019habitude de lire mais qui ne savaient pas forcement o\u00f9 se procurer les bons ouvrages. Notre travail de libraire a \u00e9t\u00e9 surtout cela : faire conna\u00eetre, faire d\u00e9couvrir, m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui apr\u00e8s 34 ans d\u2019existence, le gros de notre travail en tant que libraire demeure inchang\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a, par exemple, des grands philosophes africains contemporains, qui ne sont pas connus. Je peux citer, \u00e0 cet \u00e9gard, Alexis Kagame. Alexis Kagame a \u00e9t\u00e9 un penseur majeur de notre temps, et a jou\u00e9 un r\u00f4le primordial dans la formation d\u2019autres \u00e9minents intellectuels africains comme Th\u00e9ophile Obenga dont Kagame \u00e9tait le ma\u00eetre \u00e0 penser. Je peux citer aussi des livres comme \u00ab La philosophie bantoue \u00bb de Tempels, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas un auteur africain, c\u2019est un livre majeur que tout africain devrait avoir lu. Voil\u00e0 le type d\u2019auteurs et de livres pour lesquels, depuis les ann\u00e9es 1970 \u00e0 Lille, je me bats et cherche \u00e0 faire conna\u00eetre. Nous nous attachons \u00e0 parler de livres qui nous parlent et peuvent parler \u00e0 notre communaut\u00e9. Parfois m\u00eame, le livre n\u2019est pas l\u00e0 mais nous en parlons quand m\u00eame. .. C\u2019est ainsi que l\u2019activit\u00e9 de libraire, telle que nous la concevons et pratiquons chez Anibwe, ne nourrit pas son monde. Ce que nous faisons rel\u00e8ve davantage du militantisme autour de nos id\u00e9es que du commerce de livres qu\u2019on trouve dans les librairies.<\/p>\n<h3>La r\u00e8gle: \u00ab\u00a0Plus jamais sans nous\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p><strong><em>Pourquoi il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent dans les diff\u00e9rents circuits du livre.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Depuis 2005, nous nous d\u00e9veloppons dans l\u2019\u00e9dition et publions nos propres livres. Dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, on disait que les africains n\u2019\u00e9crivaient pas. Il est vrai qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, les africains se pr\u00e9occupaient d\u2019abord de leurs dipl\u00f4mes, puis se lan\u00e7aient dans leurs carri\u00e8res professionnelles. En quelque sorte, ils n\u2019avaient pas le temps pour l\u2019\u00e9criture. Je pourrai m\u00eame r\u00e9sumer cela en disant : \u201con faisait l\u2019essentiel\u201d. Ecrire sur des sujets discursifs, pour nous, \u00e9tait alors un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me. Cela dit, il y a toujours eu des gens qui \u00e9crivaient, seulement ils avaient du mal \u00e0 se faire \u00e9diter. Dans les ann\u00e9es 1990, des plus grandes possibilit\u00e9s de circulation aidant, nous nous sommes aper\u00e7us que le nombre de personnes qui se lan\u00e7aient dans l\u2019\u00e9criture \u00e9tait important mais la possibilit\u00e9 de se faire \u00e9diter demeurait un obstacle majeur. Ce constat m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 sauter le pas pour faciliter, \u00e0 la fois l\u2019\u00e9dition d\u2019auteurs africains, de jeunes auteurs et talents, ainsi que le d\u00e9veloppement d\u2019un point de vue africain. Certes, il y a des auteurs africains publi\u00e9s dans les grandes maisons d\u2019\u00e9dition, mais ces maisons veulent, pour \u00eatre publi\u00e9, que nous \u00e9crivions dans le sens qui les int\u00e9ressent. Or si nous parlons d\u2019universalit\u00e9 et de diversit\u00e9, il faut qu\u2019il y ait plusieurs points de vue.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la raison d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est pas n\u00e9cessairement la raison de demain. Un livre peut avoir du succ\u00e8s aujourd\u2019hui et tomber dans l\u2019oubli demain. Et inversement, un livre oubli\u00e9 aujourd\u2019hui peut trouver le succ\u00e8s demain gr\u00e2ce \u00e0 un concours de circonstances. Il y a de la place pour tout le monde. Et il faut donner la chance \u00e0 d\u2019autres de pouvoir publier d\u2019autres points de vue. C\u2019est la raison de notre pr\u00e9sence et d\u00e9veloppement dans l\u2019\u00e9dition, qui est un m\u00e9tier et qui n\u00e9cessite beaucoup plus de moyens encore que la librairie. On peut y passer toute sa vie, sans jamais conna\u00eetre l\u2019\u00e9quilibre, au niveau de l\u2019\u00e9dition. Depuis 2005, nous n\u2019avons pas encore connu l\u2019\u00e9quilibre, mais je ne d\u00e9sesp\u00e8re pas. Parce que je pense que l\u2019\u00e9dition est aussi fondamentale que la librairie.<br \/>\nDepuis 2007, Anibwe est devenu \u00e9galement diffuseur des petits \u00e9diteurs africains au niveau de la France et m\u00eame de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019aventure Anibwe, nous nous \u00e9tions dit une chose : la librairie d\u2019abord, puis l\u2019\u00e9dition, et la diffusion. Pourquoi ? L\u2019id\u00e9e \u00e9tait la suivante : Plus jamais sans nous. Nous voulions mettre un pied dans le circuit du livre parce que comme disent certains, c\u2019est dans le livre que l\u2019on peut cacher la v\u00e9rit\u00e9 aux noirs parce qu\u2019ils ne lisent pas. Nous sommes dits que nous devions tordre le cou \u00e0 cet adage. Pour cela, nous devions \u00eatre pr\u00e9sents dans les diff\u00e9rents circuits du livre. Et voil\u00e0 pourquoi nous sommes pass\u00e9s de la librairie \u00e0 l\u2019\u00e9dition puis \u00e0 la diffusion de livres.<\/p>\n<hr \/>\n<h4><strong>La suite dans l&rsquo;\u00e9dition #1 de la revue Illmatik.<\/strong><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment Anibwe apporte un mod\u00e8le alternatif de d\u00e9veloppement pour les livres et se bat pour la promotion des cultures et histoires africaines. 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