Le leadership n’est pas un spectacle

Le leadership n’est pas un spectacle

Le leadership n’est pas un spectacle 1024 572 Illmatik

Jamais on n’a autant parlé de leadership. Des formations partout. Des titres qui se multiplient. Des conférences où l’on apprend à « devenir leader » en trois jours. Et pourtant, jamais nos bourbiers n’ont semblé aussi profonds.

Il y a un problème. Ce n’est pas un problème de vocabulaire. C’est un problème de sens.

L’ère des sauveurs est terminée

Nous avons longtemps cherché l’homme providentiel. La femme providentielle. Celui ou celle qui, seul, porterait le poids de tout un peuple sur ses épaules et nous sortirait de la boue. Cette figure a fait son temps. Elle a même fait des dégâts.

Nous avons moins besoin de leaders. Nous avons davantage besoin de gens responsables. Des gens qui font ce qu’ils disent. Qui s’engagent en conscience, pas par réflexe ou par mode.

Un seul homme ne sort personne d’un bourbier. Un bourbier se traverse à plusieurs, avec des cordes, des mains tendues, et surtout une répartition claire : celui qui sait nager passe devant, celui qui sait porter charge le dos, celui qui voit loin guide la direction.

Nous n’avons plus besoin de sauveurs. Nous avons besoin de collectifs qui redistribuent le travail selon les compétences de chacun. Nous avons moins besoin de leaders. Nous avons davantage besoin de gens responsables. Des gens qui font ce qu’ils disent. Qui s’engagent en conscience, pas par réflexe ou par mode. Un titre ne responsabilise personne. Une parole tenue, si.

Faire briller, ce n’est pas briller

On vend beaucoup d’espoir aux Africains. On nous vend beaucoup d’optimisme. C’est nécessaire. Ce n’est pas suffisant. L’espoir sans direction est un mirage dans le désert : il donne envie d’avancer, mais il ne mène nulle part. On finit épuisé, plus loin de l’eau qu’au départ.

Un vrai leader ressemble moins à un projecteur qu’à un électricien. Il installe le réseau. Il fait en sorte que la lumière circule, que d’autres ampoules s’allument aussi.

Il y a du leadership quand l’espoir s’accompagne d’une vision concrète : où va-t-on, et comment y va-t-on. Pas seulement le rêve. La carte. Personne ne vous suit longtemps si vous ne croyez qu’à moitié à votre propre destination. Les gens sentent la différence entre celui qui rêve tout haut et celui qui a déjà compté les kilomètres.

Voici peut-être la confusion la plus répandue : on croit que diriger, c’est occuper la lumière. C’est l’inverse. Le leadership, c’est l’art de créer les conditions pour que d’autres brillent. C’est organiser la scène pour que chacun y trouve sa place, pas pour que soi-même on y trône seul.

Un vrai leader ressemble moins à un projecteur qu’à un électricien. Il installe le réseau. Il fait en sorte que la lumière circule, que d’autres ampoules s’allument aussi. On ne le voit pas toujours. Mais sans lui, tout serait dans le noir.

Méfiez-vous de ceux qui brillent trop

Et puis il y a l’autre genre. Celui qui brille pour lui-même. Il éblouit, au début. Les discours sont forts. La présence est magnétique. On croit avoir trouvé la solution. Mais un éclat qui ne vient pas d’une source durable finit toujours par s’éteindre. Et c’est là que le vrai danger apparaît.

C’est le prix caché des leaders trop brillants : ils n’éclairent pas, ils éblouissent. Et l’éblouissement, contrairement à la lumière, ne laisse jamais rien voir clairement autour de soi.

Pendant que ce leader brillait, personne autour de lui n’a appris à allumer sa propre lampe. Personne n’a construit son propre chemin. Tout le monde marchait dans son ombre portée, croyant marcher dans sa lumière. Le jour où l’éclat s’éteint (et il s’éteint toujours, par usure, par scandale, par simple fatigue du temps) tous ceux qui dépendaient de cette lumière empruntée se retrouvent dans l’obscurité. Sans repères. Sans compétences transmises. Sans collectif construit.

C’est le prix caché des leaders trop brillants : ils n’éclairent pas, ils éblouissent. Et l’éblouissement, contrairement à la lumière, ne laisse jamais rien voir clairement autour de soi.

Ce que nous devons chercher

Ne cherchons plus des leaders qui brillent. Cherchons des gens qui allument. Ne cherchons plus des sauveurs uniques. Construisons des collectifs où chacun porte sa part, selon ce qu’il sait faire. N’accordons plus notre confiance à ceux qui promettent l’arrivée sans jamais montrer le chemin. Suivons ceux qui, modestement, comptent les kilomètres avec nous.

Et surtout, n’attendons plus qu’on nous éclaire. Allumons notre propre lampe. C’est la seule lumière qui ne s’éteint jamais quand l’autre s’en va.

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